Am()re Nostra

Am()re Nostra

•Am()re Nostra• from JDL on Vimeo.

Vidéo de 8 minutes réalisée pour l’exposition des Félicités 2014, MAELSTROM, à l’Abbaye-aux-Dames (Conseil Régional de Basse-Normandie).
Exposition ouverte tous les jours de 14h à 18h, du 5 au 28 février 2015. Entrée libre.
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Jonathan Daufresne-Latour
Vit et travaille à Caen. A obtenu en mai 2014 le DNSEP option Communication (mention Intermédias) à l’ésam Caen/Cherbourg.

« Ceci est l’histoire d’un homme marqué par une image d’enfance »
La Jetée / Chris Marker

« Qu’est-ce que la mémoire ? Cette question intéresse l’écrivain qui ne cesse, comme Proust ou Quignard, d’aller forer dans les territoires de l’âme en mouvement ; elle est également le sujet central de la psychanalyse et la matière première des neurosciences. C’est à cette énigme abyssale que Jonathan Daufresne-Latour se confronte, dans et par l’usage qu’il fait d’une matière filmée et sonore, qu’il s’emploie à scénariser en permanence. Influencé par l’œuvre de Chris Marker, sa démarche est aussi très proche de la philosophie de Bergson qui peut écrire : « « Oui, je crois que notre vie passée est là, conservée jusque dans ses moindres détails, et que nous n’oublions rien, et que tout ce que nous avons perçu, pensé, voulu depuis le premier éveil de notre conscience, persiste indéfiniment. Mais les souvenirs que ma mémoire conserve ainsi dans ses plus obscures profondeurs y sont à l’état de fantômes invisibles ». Quelque chose s’est déposé en nous, à quoi nous n’avons pas accès, mais qui pourtant nous constitue. Le cinéaste peut alors tenter, par la puissance du récit et la manipulation d’une matière-durée, de troubler le schéma directionnel de l’écoulement du temps, et faire se disjoindre les temporalités. Ainsi, l’artiste donnerait une visibilité à ces « fantômes invisibles », qui sont aussi ce que Freud appelle des « traces mnésiques ».

Pour ce faire, Jonathan Daufresne-Latour a créé une interface web-multimédia, interactive et évolutive qui prend le nom de « La Fabuleuse » : dans ce labyrinthe internet en constante évolution, l’artiste y dépose des fragments de photographies, vidéos, sons et textes, qui lui permettent de nourrir ses futurs projets. Il s’agit bien là d’une archive vivante conservant des traces multiples, en les hiérarchisant de manière rhizomique. C’est dans cette perspective qu’il a construit le film Am()re nostra pour l’exposition Maelstrom. Puisant dans « La Fabuleuse », il créé, par le montage, de nouveaux agencements de sens et de narration : l’histoire qu’il nous raconte est un tissu fragmenté. Il y est question de migration, de mers à traverser, d’errance et de voyage. Certaines de ces images ont été tournées dès 2012 dans les Balkans, territoire éclaté à l’image d’un « territoire mental morcelé », nous dit l’artiste. Dans ce film, les présences restent sans visage ; seules des voix nous parviennent. Ces voix ― s’adressant à leur interlocuteur en russe ou en arabe par exemple ― ont été récupérées sur des messageries vocales. Elles apparaissent parfois sans sous-titres, comme des messages codés nous venant de très loin. Jacques Derrida écrit que tout fait trace ; et que la voix notamment radiophonique ou téléphonique est toujours trace fantomatique. Gageons que ce film rendra à ces messages sans provenance ni destination toute leur portée spectrale. »

Léa Bismuth (Commissaire de l’exposition).